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Piéton renversé : un droit à indemnisation quasi indiscutable

  • Photo du rédacteur: BONNARDEL Avocat
    BONNARDEL Avocat
  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture
piéton renversé

En France, la protection des piétons victimes d’un accident de la circulation repose sur un régime juridique particulièrement favorable issu de la Loi Badinter du 5 juillet 1985.


Ce texte fondateur a instauré un principe clair : le piéton est une victime protégée, dont l’indemnisation est quasi automatique, sauf hypothèse exceptionnelle de faute inexcusable.


Ce régime spécifique vise à assurer une protection renforcée des usagers dits vulnérables de la route et à limiter les contestations abusives des assureurs.


Un principe fort : la reconnaissance automatique du statut de victime


La loi de 1985 a profondément modifié l’approche de l’indemnisation en matière d’accidents de la circulation.


Le piéton bénéficie d’une présomption favorable de droit à indemnisation dès lors qu’un véhicule terrestre à moteur est impliqué dans l’accident.


Autrement dit :

  • la responsabilité du conducteur n’a pas à être démontrée dans les conditions classiques du droit commun ;

  • l’indemnisation est facilitée et accélérée ;

  • l’assureur du véhicule impliqué est tenu de formuler une offre.


Ce régime rappelle un principe essentiel : le conducteur d’un véhicule doit en permanence maîtriser son véhicule et adapter sa conduite aux circonstances.


Le piéton renversé hors passage piéton : est-il indemnisé ?


C’est une interrogation fréquente au cabinet.


De nombreuses victimes expriment un malaise lorsqu’elles ont été renversées en dehors d’un passage protégé, pensant avoir commis une faute privative de leurs droits.


La jurisprudence est constante :le fait de traverser hors passage piéton ne constitue pas une faute inexcusable au sens de la loi Badinter.


Ce comportement ne peut donc, en principe, justifier un refus d’indemnisation.


Les juridictions rappellent que le conducteur reste tenu d’une obligation de vigilance et de maîtrise de son véhicule. Traverser en dehors d’un passage protégé peut, dans certains cas très spécifiques, entraîner une réduction marginale de l’indemnisation, mais ne constitue pas un motif légitime de refus total.


La seule limite : la faute inexcusable


L’indemnisation du piéton ne peut être exclue qu’en cas de faute inexcusable, définie comme une faute volontaire d’une exceptionnelle gravité exposant sans raison valable son auteur à un danger dont il aurait dû avoir conscience.


En pratique, trois hypothèses sont classiquement retenues :


  1. Un comportement suicidaire avéré.

  2. Un état d’ébriété extrêmement avancé, pouvant justifier une réduction du droit à indemnisation.

  3. La circulation volontaire sur une voie manifestement interdite et dangereuse, pouvant également entraîner une réduction.


Il est important de préciser que la faute inexcusable demeure rarement retenue par les juridictions.


Les victimes super-protégées


La loi prévoit en outre une protection renforcée pour certaines catégories :

  • les mineurs de moins de 16 ans,

  • les personnes âgées de plus de 70 ans,

  • les personnes atteintes d’un handicap.


Pour ces victimes dites vulnérables, la faute inexcusable n’est en principe pas opposable, sauf recherche volontaire du dommage.


Leur droit à indemnisation est donc encore plus solidement garanti.


Quelques données préoccupantes


Les piétons demeurent particulièrement exposés.


En 2023, 537 piétons ont perdu la vie sur les routes françaises, et environ 8 % des piétons renversés par une voiture décèdent.


Ces chiffres rappellent la gravité des accidents impliquant des usagers non protégés par une carrosserie.


En cas de décès du piéton


Lorsque l’accident entraîne le décès, les proches disposent d’un droit propre à indemnisation.


Plusieurs postes de préjudice peuvent être indemnisés :


  • le préjudice moral d’affection, réparant la douleur liée à la perte d’un proche ;

  • le préjudice économique, lorsque le décès entraîne une perte de ressources pour la famille ;

  • le préjudice d’accompagnement, lorsque les proches ont assisté la victime jusqu’à son décès ;

  • les troubles psychologiques consécutifs au décès.


L’indemnisation vise à compenser l’impact humain et financier de la disparition.


En cas de survie du piéton : quels préjudices sont indemnisés ?


Lorsque le piéton survit à l’accident, l’indemnisation porte sur l’ensemble des postes du droit commun du dommage corporel, notamment :


  • le déficit fonctionnel temporaire ;

  • le déficit fonctionnel permanent ;

  • les souffrances endurées ;

  • le préjudice esthétique permanent ;

  • les frais médicaux et paramédicaux ;

  • l’assistance par tierce personne ;

  • l’aménagement du domicile ou du véhicule ;

  • les pertes de revenus professionnels ;

  • l’incidence professionnelle ;

  • le préjudice d’agrément ;

  • le préjudice sexuel ;

  • le préjudice d’établissement ;

  • le préjudice scolaire ou universitaire.


Chaque poste doit être évalué lors d’une expertise médicale et chiffré avec précision.


Les démarches à engager


Plusieurs étapes doivent être respectées :

  • déclaration de l’accident ;

  • ouverture du dossier auprès de l’assureur ;

  • éventuel dépôt de plainte en cas d’infraction pénale (délit de fuite, alcoolémie, stupéfiants) ;

  • expertise médicale contradictoire ;

  • négociation de l’offre d’indemnisation.


En cas de désaccord, une action judiciaire peut être engagée afin d’obtenir une réparation intégrale.


Pourquoi être accompagné ?


Si le droit à indemnisation du piéton est largement protégé, le montant de l’indemnisation reste, lui, sujet à discussion.


Les compagnies d’assurance peuvent :

  • minimiser certains postes,

  • sous-évaluer les séquelles,

  • proposer des offres insuffisantes.


L’assistance d’un cabinet spécialisé en dommage corporel permet :

  • de sécuriser la procédure ;

  • d’anticiper l’expertise médicale ;

  • de contester toute tentative de réduction injustifiée ;

  • et d’obtenir une indemnisation conforme aux standards jurisprudentiels.


Conclusion


Le piéton renversé bénéficie en France d’un régime de protection exceptionnellement favorable issu de la loi du 5 juillet 1985.


Son droit à indemnisation est quasi indiscutable, y compris en cas d’imprudence ordinaire telle qu’une traversée hors passage piéton.


Seule une faute inexcusable, strictement définie et rarement retenue, peut limiter ce droit.


Toutefois, si le principe d’indemnisation est solide, son montant dépend d’une analyse technique rigoureuse. L’accompagnement juridique permet de transformer cette protection théorique en réparation effective et intégrale des préjudices subis.


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