CAS PRATIQUE Perte de chance de survie : quand un défaut de diagnostic engage la responsabilité d’un établissement de santé
- BONNARDEL Avocat

- 21 avr.
- 3 min de lecture
Au cabinet, nous avons récemment obtenu la condamnation d’un établissement de santé pour perte de chance de survie, à la suite d’un défaut de diagnostic ayant privé une patiente d’une prise en charge adaptée.
Il s’agissait d’une procédure longue, technique et médicalement complexe.
Ce type de dossier illustre parfaitement ce qu’est la perte de chance, notion centrale en droit de la responsabilité médicale.
Qu’est-ce que la perte de chance ?
La perte de chance est un concept jurisprudentiel permettant d’indemniser un dommage lorsqu’il n’est pas certain que la faute ait causé directement le préjudice final, mais qu’elle ait privé la victime d’une probabilité raisonnable d’obtenir un meilleur résultat.
En matière médicale, cela signifie que :
le praticien ou l’établissement a commis une faute (par exemple un retard ou un défaut de diagnostic) ;
cette faute n’a pas nécessairement causé de manière certaine le décès ou l’aggravation ;
mais elle a diminué les chances de survie ou de guérison du patient.
L’indemnisation porte alors non pas sur la totalité du dommage final, mais sur la fraction correspondant à la chance perdue.
Le cas défendu au cabinet : un défaut de diagnostic
Dans le dossier que nous avons défendu, l’expertise médicale a mis en évidence un défaut de diagnostic fautif.
Ce retard a privé la patiente d’une probabilité sérieuse d’accéder à une prise en charge thérapeutique efficace à un stade où son état était encore susceptible d’être amélioré.
Le tribunal a reconnu que cette faute avait entraîné une perte de chance de survie, engageant ainsi la responsabilité de l’établissement de santé.
La juridiction a procédé à une évaluation du pourcentage de chance perdue, puis appliqué ce pourcentage à l’ensemble des préjudices indemnisables.
Comment indemnise-t-on une perte de chance ?
La perte de chance ne donne pas lieu à une indemnisation intégrale du dommage final.
Le juge détermine :
La faute médicale.
Le pourcentage de chance perdue (ex : 30 %, 40 %, 60 %).
L’application de ce pourcentage à l’ensemble des préjudices.
Dans ce dossier, deux catégories de préjudices ont été indemnisées.
Les préjudices transmis à la succession
Avant son décès, la victime avait subi :
des souffrances physiques importantes ;
une dégradation de son état de santé ;
un préjudice corporel autonome.
Ces préjudices, constitués avant le décès, ont été indemnisés au bénéfice de la succession, donc de ses enfants.
Il s’agit d’un principe important : le décès n’efface pas les préjudices subis par la victime de son vivant.
L’indemnisation des proches : victimes indirectes
Le décès a également ouvert droit à indemnisation pour les proches :
le préjudice d’affection, réparant la douleur liée à la perte ;
le préjudice d’accompagnement, lorsque les proches ont assisté la victime dans les derniers moments ;
le cas échéant, un préjudice économique si le décès entraîne une perte de revenus pour la famille.
Ces préjudices sont indemnisés après application du pourcentage de perte de chance retenu par le juge.
Pourquoi ces dossiers sont particulièrement techniques ?
Les dossiers de perte de chance sont très complexes en responsabilité médicale.
Ils nécessitent :
une analyse médico-légale approfondie ;
la compréhension des probabilités thérapeutiques ;
la discussion du pourcentage de chance perdue ;
la maîtrise des principes jurisprudentiels ;
la capacité à structurer les demandes indemnitaires pour la victime directe et les victimes indirectes.
L’expertise médicale est centrale.
C’est elle qui permet de démontrer :
la faute,
le lien causal indirect,
et la réalité de la probabilité perdue.
L’importance d’un accompagnement spécialisé
La perte de chance de survie repose sur une démonstration juridique et médicale exigeante.
Être représenté par un cabinet spécialisé en dommage corporel et responsabilité médicale permet :
de structurer la stratégie probatoire ;
d’encadrer l’expertise ;
de discuter les conclusions médicales ;
d’argumenter sur le pourcentage de chance perdue ;
et d’obtenir une indemnisation cohérente et juridiquement fondée.
Dans ce dossier, la reconnaissance de la perte de chance a permis aux proches d’obtenir une réparation qui, bien que partielle au regard de la nature du préjudice, constitue une reconnaissance judiciaire essentielle.
Conclusion
La perte de chance de survie permet d’indemniser une situation où une faute médicale n’a pas causé directement le décès, mais a privé la victime d’une possibilité réelle d’échapper à une issue fatale.
Ces dossiers sont longs, complexes et nécessitent une expertise technique pointue.
Lorsqu’un défaut de diagnostic ou un retard de prise en charge est suspecté, il est indispensable de se faire accompagner rapidement afin de préserver les preuves et de construire une stratégie adaptée.
La reconnaissance d’une perte de chance n’efface pas le drame humain, mais elle permet d’obtenir une décision judiciaire reconnaissant la faute et la responsabilité engagée.



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